Projet Healthanea

Rôle
Lead Product Designer
Client
AXA Group Operations × Microsoft
Secteur
Santé
Date
2023 - 2024

Et si la meilleure façon de soigner, c'était de mieux relier ?

Healthanea, issu d'un partenariat entre AXA Group Operations et Microsoft, est missionné par Novo Nordisk pour concevoir un dispositif numérique d'accompagnement des maladies chroniques.
J'y interviens comme lead product designer, avec une commande claire, créer un parcours de soin pour améliorer le suivi d'un traitement.

On m'a demandé de tracer un chemin.
La recherche a montré qu'il fallait bâtir un monde autour du patient.

01
Un parcours de soin à clarifier
AXA GO lance Healthanea pour aider les malades chroniques à naviguer des parcours fragmentés. On me demande de fluidifier le service, sans aucun accès aux patients.
02
La recherche déplace le regard : ce n'est pas le service, c'est l'isolement
Faute de terrain, je construis un repository de recherches. Ce qui apparaît : les patients chroniques ne décrochent pas de leur traitement par manque d'outil, mais parce qu'ils sont seuls à le porter.
03
Une carte d'écosystème pour rendre le tissu visible
Je cartographie tous les acteurs et les trois flux qui circulent entre eux - argent, biens, données - pour voir où le courant passe et où il casse.
04
Un champ de possibles s'ouvre là où il n'y avait qu'une impasse
Relation laboratoires - médecins à reconnecter, effet réseau comme levier thérapeutique, spécialistes du bien-être à intégrer, médecin repositionné en coordinateur. Aucune de ces pistes n'était visible ou même envisageable avant le déplacement.
05
La conversation change : on ne parle plus de fonctionnalités, mais de relations
Stratégie, design et exécution s'alignent sur une même vue. Le projet cesse d'être « créer un produit » pour devenir concevoir un service qui trouve sa place dans l'écosystème. L'application devient le lieu de rencontre des besoins de tous.
06
Une habitude ne se crée pas dans un produit, mais dans ce qu'on relie autour du patient
La complexité n'est pas un obstacle à contourner, c'est la matière même de travail. Je ne l'aplatis pas, je la tiens entière, et c'est là que se trouve le lien que personne ne regardait.

Le détail

01 — Le problème, tel qu'il était posé

Un parcours fragmenté, illisible, difficile à suivre

Healthanea était une initiative ambitieuse d'AXA Group Operations : repenser la façon dont les patients naviguent des parcours de soin complexes. J'ai rejoint l'équipe comme Lead Product Designer, à la croisée de l'expérience, du produit et de la stratégie.

Ma mission telle qu'elle m'était confiée : apporter de la clarté dans un paysage morcelé, aligner l'équipe autour des besoins réels, et faire apparaître des opportunités en reliant les enjeux métier, techniques et patients.

Clarifier le parcours. Fluidifier le service.
Voilà ce qu'on me demandait de regarder.

Et une contrainte de départ qui semblait rédhibitoire : aucun accès direct aux patients. Impossible de les interroger, impossible d'observer leurs difficultés. Le genre de contrainte qui pousse habituellement à combler les trous par des suppositions.

02 — Le déplacement du regard

Ils ne manquaient pas de service. Ils manquaient de monde.

Faute de terrain, je construis un repository de recherche. Je rassemble et croise tout ce qui existe déjà : besoins des patients, fonctionnement des systèmes de soin, littérature sur les maladies chroniques. L'absence d'accès utilisateur cesse d'être un handicap, elle m'oblige à bâtir une image d'ensemble solide plutôt qu'à valider une intuition de départ.

Ce que la recherche fait apparaître n'est pas un défaut de parcours. Les patients atteints de maladies chroniques n'affrontent pas seulement des difficultés médicales : ils affrontent la solitude et l'isolement. Et ces états ne sont pas des effets secondaires de la maladie, ils sont directement liés à leur capacité à tenir un traitement.

Vivre avec une maladie chronique, c'est gérer des symptômes physiques, mais aussi la charge mentale d'une gestion permanente, sans certitude d'aller mieux ni même de se stabiliser. Les patients ont le sentiment d'être seuls dans ce trajet, et c'est ce sentiment qui rend la constance si difficile.

Dans le silence de la solitude et le poids de l'isolement, le vrai besoin du patient chronique n'est pas le traitement, c'est le lien humain qui rend le traitement porteur de sens.

Ce constat retourne la commande. Le problème n'était pas un manque de services : c'était un vide relationnel et social qui laissait les patients seuls dans leur expérience. Il ne s'agissait plus d'améliorer un accès aux soins, mais de créer les conditions d'un environnement où le patient se sent relié, soutenu, capable d'agir sur sa propre santé, mais aussi celle des autres.

Le brief demandait de mieux relier des services. La réalité demandait de relier des gens.

03 — L'instrument

Une carte pour voir, pas pour simplifier

Comprendre le réseau de services, d'acteurs et de besoins ne suffisait pas. Il me fallait un instrument capable de tenir l'ampleur entière de l'expérience patient, quelque chose qui relie les points au lieu de traiter chaque problème isolément.

La carte d'écosystème remplit ce rôle. Elle ne sert ni à faire joli ni à réduire le système à trois blocs : elle rend visible ce qui circule, l'argent, les biens, les données, et surtout où le courant passe, et où il casse. En cartographiant tous les acteurs et leurs interactions, elle donne au client une vue claire du fonctionnement réel du système : les connexions structurantes, les désalignements, les opportunités.

Carte d'écosystème Healthanea : flux d'argent, de biens et de données entre patients, médecins, laboratoires, objets connectés et spécialistes du bien-être.

Trois flux distincts, tous les acteurs, et les étoiles là où quelque chose peut naître.

Les solutions de santé se concentrent le plus souvent sur des silos : un aspect isolé du parcours, traité sans considération pour l'ensemble. Mais les patients ne vivent pas dans ces silos, ils traversent une toile de services, du médecin aux objets connectés jusqu'à l'application, le plus souvent disjoints. La carte ne simplifie pas cette toile : elle permet de concevoir avec elle.

L'outil compte moins que ce qu'il permet de voir.

04 — Le monde que le déplacement fait apparaître

Ce n'est pas une solution qui émerge. C'est un champ.

Au moment où la carte est achevée, un voile se lève. La complexité qui paraissait insurmontable devient un terrain de jeu. Les idées affluent - pas avant, précisément à cet instant !

À l'occasion d'ateliers, nous apercevons avec les membres de l'équipe, des connexions qui étaient là depuis le début, cachées en pleine lumière, et des opportunités cachées par le désordre apparent du système.

01

La relation laboratoires / médecins

Fragmentée, sans boucle de retour. En instaurant un dialogue plus dynamique et transparent entre ces deux acteurs, les traitements peuvent enfin être personnalisés et alignés sur les besoins réels du patient, meilleure observance, thérapies plus ajustées.

02

L'effet réseau comme levier thérapeutique

Une communauté bien conçue prend de la valeur à mesure qu'elle grandit. Ici, cette valeur n'est pas sociale : elle est médicale.

03

Les spécialistes du bien-être

Coachs, diététiciens, thérapeutes : absents du système existant, alors qu'ils sont essentiels dans le continuum de soin.

04

Le médecin comme coordinateur

Rendre plus de responsabilité aux médecins et aux spécialistes, en les repositionnant en pilotes actifs du parcours plutôt qu'en prescripteurs de passage.

Aucune de ces pistes n'était accessible tant qu'on regardait le mauvais problème. Toutes le deviennent ensemble, parce qu'elles procèdent du même déplacement. Ce qui ressemblait à une toile de problèmes isolés est devenu un réseau de points reliés, avec les moyens de créer les relations entre eux.

05 — Ce que ça change dans le travail

Aligner stratégie, design et exécution

Concevoir dans la complexité exige de l'alignement. Avec plusieurs parties prenantes avec des expertises éparses et des besoins utilisateurs enchevêtrés, personne ne peut travailler en vase clos. La carte a donné à tous - stratégie, design, exécution - une vue commune et un même objectif.

Cet alignement n'a pas seulement évité les écarts : il a permis de hiérarchiser. Plutôt que de se jeter dans la conception d'un produit, nous avons pris le temps de traiter les problèmes systémiques en amont, pour que la solution trouve sa place dans l'écosystème de santé au lieu de s'y ajouter.

Le projet n'était pas de « créer un produit ». Il s'agissait de concevoir les services qui s'intègreront au système existant, nouvellement révélé, et c'est cette bascule qui l'a rendu viable dans la durée, plutôt que simplement utile sur le papier.

Concrètement, cela a déplacé la conversation avec le client : on a cessé de discuter des fonctionnalités de l'application pour discuter des relations qu'elle pouvait instaurer entre des acteurs qui, jusque-là, ne se parlaient pas.

L'application n'est que le catalyseur des relations qui se nouent en-elle mais aussi au-delà d'elle.

06 — Ce que ce projet a ancré dans ma pratique
Une habitude ne peut pas se créer dans un parcours simplifié à l'intérieur d'un produit ;
elle se crée grâce à tout ce qu'on relie autour du patient.

Je n'ai pas rendu le parcours plus simple. J'ai regardé ce qui l'entourait : les médecins, les laboratoires, la communauté, les professionnels et les objets connectés, tout ce qui gravite autour d'un patient et qui, jusque-là, ne se parlait pas. Parce que ce qui fait tenir un traitement ne se trouve presque jamais dans le traitement lui-même.

Ce projet a confirmé quelque chose que je ne savais pas encore nommer à l'époque : on ne fabrique pas un comportement durable en polissant une interface, mais en construisant les conditions qui le rendent possible. Aplatir la réalité produit des solutions propres et hors-sol ; la tenir entière produit des solutions qui durent. C'est devenu ma constante, quel que soit le terrain, seuls les moyens changent.